Compte-Rendu : Rencontre Musiques du Monde et Jeune Public 15oct 2015

26 octobre 2015 dans Non classé, Rencontres

Musiques du Monde et Jeune Public : écoute partagée
Jeudi 15 octobre 2015

Après le succès de BABEL MINOTS, première scène jeune public au salon BABEL MED MUSIC en mars 2015 et à l’occasion de l’ouverture d’une Scène dédiée au Jeune Public dans le cadre du Festival Villes des Musiques du Monde (du 10 oct. au 8 nov.2015), nous interrogerons des acteurs dans ce domaine. Les enjeux seront abordés du point de vue spécifique aux Musiques du Monde, qui portent en elles l’ADN de ces préoccupations.

Rencontre organisée par l’Association Villes des Musiques du Monde,
en partenariat avec le Collectif MDM IdF et la FAMDT

Déroulé :

Modératrice : Anne Torrent (JM France)

10h – 10h15 : Accueil par Villes des Musiques du Monde, le Collectif MDM IdF et la FAMDT

10h15 – 11h15 : Table ronde Création pour le Jeune Public
Intervenants : Elia et Basil Khoury (The Khoury Project), Bernadette Bombardieri (SACEM), Laurent Gachet (metteur en scène), Mehdi Haddjeri (Le Nomad’ Café)

11h15 – 12h15 : Table ronde Diffusion des spectacles Jeune Public
Intervenants : Milena Salvini et Alex Berger (Centre Mandapa), Marc Caillard et Wanda Sobczak (Enfance et Musique), Caroline Prost (1.9.3 Soleil), Meziane Fahem (Directeur MJC de Persan, Fédération régionale IDF des MJC), Emilie Houdebine (Traffix music)

Participants :
François Bensignor (Journaliste et Président du Collectif MDM en IdF), Kamel Dafri (Directeur Festival Villes des Musiques du Monde), Bernard Guinard (Directeur FAMDT), Emelyne HUMEZ (Dire le Monde / Mix et Métisse) Patrice Dalmagne (photographe Tradipresse), Nita Alphonso (troupe de danse Madi & Kéra à Argenteuil), Arwad Esber (Maison des Cultures du Monde), Mme Tastein (Ethnomusic), Nelly Pouget (artiste), Claire Andrieu (chargée musique C.G 93), Pauline Blisson (chargée jeune public C.G 93), Jérome Ignatus (artiste), Kamilia Berkani (doctorante sociologie), Thierry Galand (Jazz Runners – Percussioniste), Sydney Haddad (Jazz Runners, Percutez.com – Percussioniste), Pierre Cuny (Journaliste radio), Marie-Laure Lakhdar (Festival Au Fil des Voix), Michel Pichon (Coeur Caraïbe), Caroline et Zaf Zapha (tout s’metisse), Brice Kapel (Nagan prod), Charlotte Piolot (Traffix music) Badou Beye (Festival du Sael), Claire Banuls (Théâtre de la Ville / RP), Jaqueline Magnier (Théâtre de la Ville / communication), Diakha Sow (Nomad Café – Marseille), Beryl Stein (Arthérapeute).

>>>>>>>>>>>>>>>>>> Quelques extraits issus à la fois des notes préparatoires d’Anne Torrent suite à à un échange avec les intervenants en amont de la rencontre et quelques témoignages exprimésà la rencontre retranscrits par écrit :

INTRODUCTION par Anne Torrent :
La valorisation et la médiatisation de la question du jeune public dans le champ artistique est récente. Aujourd’hui elle a pénétré jusqu’aux plus hautes institutions avec la création symbolique par le Ministère d’une Belle Saison pour l’enfance et la jeunesse. Mais n’oublions pas que tout cela est le fruit d’un travail de longue haleine porté principalement par le secteur associatif et les réseaux d’éducation populaire, qui par nécessité ont toujours développé leurs projets dans des dynamiques solidaires.
Mais depuis 10 ans, on assiste à un développement exponentiel, à la fois quantitatif et qualitatif, des propositions envers le jeune public. Tout le monde s’y met ! Et même en musique, où, il y a encore 10 ans, il n’y avait quasiment que les JM France, aujourd’hui, pas une SMAC, pas un festival de rock, de musique classique ou de musiques du monde qui ne prennent en compte les enfants ! Voilà le cadre dans lequel nous sommes aujourd’hui : un secteur où la demande est très forte, la créativité remarquable, les opportunités de diffusion importantes, mais les moyens de production et les coûts de cession généralement assez dérisoires.

Considérant la croissance du secteur Jeune Public, la filière Musiques du Monde peut encore rêver d’avenir.
Parmi toutes les grandes familles musicales, s’il y en a bien une qui véhicule les valeurs de partage, de transmission, de lien intergénérationnel, c’est bien celles des musiques du monde, qu’elles soient traditionnelles ou de création. Elles portent dans leur le souci du partage et de la transmission, qui se trouvent être justement les fondements d’une approche de l’enfant spectateur. Il y a comme une évidence dans le rapport à la jeunesse, qui semble tellement puissante qu’elle pourrait se passer d’artifices : l’artiste, son répertoire et ce qu’ils véhiculent ont une force en soi.

> Table ronde Création pour le Jeune Public

Laurent Gachet :
La création de Nola Black Soul nous a permis de confronter les logiques de réseaux jeune public (qui souvent font office de limites) et celle des exigences requises par le format de l’œuvre que l’on veut réaliser. Les musiques du monde sont, elles-mêmes, en plein questionnement quant à la mise en œuvre du spectacle-concert. La musique se suffit-elle toujours à elle-même ? Quid de la nécessité d’une mise en espace ? D’une mise en scène ? D’une réflexion dramaturgique ? Souvent les portes se ferment alors, mues par la logique du réseau et des habitus de diffusion (en festival ou autre) : peu de temps de répétitions en condition de scène, d’expérimentations… Et quand on inclue la dimension jeune public (exigence artistique + pédagogie) ça rajoute des difficultés. Il faut par ailleurs penser à un travail de médiation, d’apprentissage de ce qu’est un spectateur pour le diffuseur (booker ou lieu).

En filigrane : la question récurrente des manques de moyens de production qui touche d’une part le secteur jeune public, de l’autre les musiques « populaires » qui ne sont pas soutenues par des conventionnements ou dispositifs dédiés. Mais il y a quand même des mécanismes de soutien dédiés spécifiquement à la création musicale jeune public ; la création du pôle Education artistique/Action Culturelle Solidaire de la Sacem est à ce titre emblématique, et l’intitulé lui-même fait office de programme.

SACEM (Bernadette Bombardieri) :
Constat : Le secteur jeune public est peu repéré, il lui faut une meilleure reconnaissance.
Il y a un grand débat sur la qualité des spectacles. On a vu des offres de spectacles de qualité médiocre.
2 e constat : L’Importance des moyens mis à disposition pour la création, s’il y a pas peu de moyen, la qualité s’en ressent.
Dispositifs d’aides de la SACEM : A la création et à la production J.P, en particulier pour les musiques du monde.
Objectif des aides à la création : Se donner les moyens d’aller vers un perfectionnement des créations.

Objectif des aides à la diffusion J.P : dans un premier temps, aide aux festivals généralistes à faire une programmation J.P. Ils doivent avoir une dimension de médiation. Le spectacle vivant est unique en ce qu’il permet une rencontre directe entre le public et l’artiste, on demande de plus en plus aux artistes de parler de leur spectacle avant ou après une représentation.
> 13 projets aidés par la SACEM

Nomad Café :
Le nomad Café mène dans le quartier le plus populaire de Marseille une mission de production de diffusion et d’accompagnement. Le partenaire privilégié de Nomad c’est le festival VDMM et ca s’est concretisé par BABEL MINOTS
en partenariat avec les JM France et la SACEM. C’est l’occasion de questionner l’ensemble de la filière qui se rejoint à Babel Med.

Paroles des participants :

Meziane Fahem (MJC Persan dans le 95) : Parfois on se confronte à des difficultés logistique dans les lieux de diffusion.

Emilie Houdebine (Traffix Music) : On demande presque systématiquement aux artistes d’être des pédagogues de savoir transmettre, ce qui n’est pas facile, inné, préparé par tous.

Laurent Gachet (Metteur en scène) :
Idéalement, on devrait prendre le temps de concevoir des outils pédagogiques. En lien avec des médiateurs de l’éducation nationale. L’artiste reste passeur et s’appuie sur le travail de ces médiateurs.

Bernard Guimard (FAMDT) : Rappelle l’importance du contexte économique morose. Nous sommes dans un secteur qui fonctionne très majoritairement en autoproduction. au sein de la FAMDT la question des moyens de production est centrale, car sans moyen on est mal armé pour se confronter aux scènes généralistes.

Anne Torrent : temps de création court, temps de répétitions scène courts dans la musique par rapport au théatre, sauf que ces spectacles pour le jeune public ont une dimension théatrale, une mise en scène qui souvent necessite plus de temps de création sur scène.

>Table ronde Diffusion des spectacles Jeune Public

Milena Salvini (Centre Mandapa) : Rapprocher les cultures, c’est essentiel. Vigipirate a rendu difficile la programmation de spectacles au centre. Reprise de la diffusion depuis 4 ans grâce a l’arrivée d’une nouvelle employée.

Marc Caillard, (Enfance et Musique) :
Orientation fondamentale d’E&M : très jeune public, petite enfance / familles / professionnels de l’enfance et de la culture.
Valeurs fondamentales :

– Prendre en compte les cultures singulières de chacun
– Être à l’écoute de la diversité culturelle, partie prenante et base de l’enrichissement de chacun dans la transmission et le partage – espace de recréation d’une culture commune à travers l’interprétation et la création.

La diffusion de ces « valeurs » passe pour Enfance et Musique par :
• La transmission de pratiques artistiques à travers l’animation d’un centre de formation à l’éveil artistique.
Son public : tous les adultes en charge d’enfants dans tous les secteurs d’activités (social, culture, petite enfance, éducation populaire) – 2000 stagiaires / an – 180 actions au niveau national.

• L’accompagnement à la création et/ou le repérage de spectacles très jeune public (dont beaucoup de spectacles musicaux) et leur large diffusion dans tous les lieux accueillant les jeunes enfants et leurs familles.

Meziane Fahem / MJC Persan :
Volonté de travailler de façon génréale sur l’action culturelle, comprenant notamment la diffusion de spectacle. Volonté d’aller plus loin que l’achat de spectacle, d’aller sur les Musiques du Monde sans tomber dans les clichés.
Séance hors temps scolaire mais avec un travail sur le temps scolaire en amont. Notamment la mise en place d’une école du spectateur.

Caroline Prost, programmation à  1.9.3 soleil

Comment optimiser la diffusion de tels objets artistiques ?
Créer des dispositifs qui favorisent l’écoute : petites jauges, scénographie et/ou relation au public qui cassent la frontière scène/salle pour impliquer le très jeune spectateur. L’artiste ne doit pas être dans une bulle pour ce qui concerne le très jeune public. Il doit doser son jeu en fonction des réactions, savoir réagir aux pleurs, aux excitations de l’enfant par une interaction discrète qui permettra d’englober les enfants dans la proposition qu’il leur suggère. C’est une écoute réciproque qui est nécessaire pour réellement emmener les très jeunes enfants avec l’artiste. Dispositif, jauge qui autorise l’expression de l’enfant, car le très jeune enfant a la nécessité d’exprimer ses émotions en direct, sans les contenir.

A travers quels réseaux, avec quels relais dans le monde scolaire, extra-scolaire et la scène généraliste ?
Deux types de productions sont à mettre en parallèle :
· Petites formes fixes ou déambulatoires intimistes pour les lieux de vie (crèches, RAM, PMI, écoles maternelles, bibliothèques) ou lieux non équipés
· Formes avec des jauges (relativement) importantes pour les théâtres.
Les théâtres sont toujours à la recherche de jauges « relativement » importantes pour toucher dans un moment festif un nombre important d’enfants. Par exemple pour offrir un spectacle de Noël ou de fin d’année à l’ensemble des crèches ou classes maternelles et primaires de la ville. Les musiques du monde ont cet avantage de pouvoir davantage se prêter à des jauges importantes. Mais attention à ne pas en abuser pour respecter l’écoute des enfants. Les musiques du monde peuvent également se prêter assez facilement à la diffusion en plein air dans un cadre festif par exemple. Le festival 1.9.3. Soleil qui se déroule pour moitié dans les parcs départementaux est évidemment un relais intéressant pour les musiques du monde si le travail de lumière n’est pas indispensable.

Comment favoriser la transmission en direction des jeunes générations ?
Les spectacles de musiques du monde s’adressant au très jeune public se basent souvent sur des contes ou des histoires. Pourquoi pas, mais est-ce vraiment nécessaire ? Le très jeune enfant communique via le sensoriel avec le monde qui l’entoure puisqu’il ne maîtrise pas encore (ou pas bien) le langage. C’est donc avant tout cette expérience sensorielle que l’artiste doit mettre en jeu dans son spectacle. Pour cela, la pluridisciplinarité est souvent une réponse apportée par les artistes dans le domaine du très jeune public (musique, expression corporelle, jeu d’ombres, théâtre d’objet, marionnette,…). Et si la parole peut être un medium de l’expression artistique, c’est avant tout les sonorités, la musicalité de la voix qui devra être privilégié, plus que la narration en elle-même.

Par ailleurs, il est capital de penser l’accueil du public. Qui accueille le public (le personnel du théâtre où l’artiste ?), qu’est-ce qui est dit au public avant d’entrer en salle ? Quand fait-on entrer le public ? Comment place-t-on le public dans la salle ? Il est important de réfléchir à tous les facteurs qui permettront d’optimiser l’accueil, le calme et l’écoute des enfants et des accompagnants au spectacle. Concernant le très jeune public, ces facteurs conditionnent très fortement le bon déroulement d’une représentation.
Le public ne doit pas attendre trop longtemps dans la salle de spectacle. Il est possible d’imaginer des dispositifs qui permettent d’accompagner le public dans la salle en musique ou à travers un couloir scénographié, afin de les mettre déjà dans une attitude où les sens sont en éveil. Ce qui favorisera l’écoute du spectacle.
L’écoute de la part de l’enfant se travaille par le jeu de l’artiste, par la scénographie, par le dispositif scénique, par l’accueil de l’équipe du théâtre et par les accompagnants. Les accompagnants qui eux aussi doivent se positionner dans une écoute de l’enfant afin de l’accompagner dans ses émotions. Les accompagnants doivent également se sentir concernés par le spectacle (l’artiste doit donc penser son spectacle pour l’accompagnant également) pour que l’enfant partage en direct avec l’accompagnant ses émotions et qu’il puisse se reposer sur lui si ses émotions le submergent.

Récapitulatif

Pistes pour une meilleure production :
Maîtres mots : accompagnement (avec qui ? avec quels moyens ? quels partenaires ?)) et dynamiques solidaires (cf réseau de coproduction)
Œuvrer évidemment pour la reconnaissance de la création artistique pour l’enfance,
Oser l’exigence artistique

Pistes pour une meilleure diffusion :
Impliquer les acteurs de terrain dans la mise en œuvre d’une programmation à destination des enfants dont ils ont la charge. L’offre est devenue pléthorique et la qualité, si elle augmente de saison en saison, demeure inégale. Les compagnies souffrent d’une concurrence démentielle. Responsabilité des programmateurs de soutenir, « labelliser » le vrai travail de création.

Quels relais ?
Ils sont nombreux !! JM France, SACEM, La Belle Saison, Enfance & Musique, 1.9.3 Soleil, Les quelques tourneurs (TRAFFIX, MOLPE MUSIC…), BABEL MINOTS, Collectif Musiques et Danses du Monde en IdF, les musiciens intervenants, les écoles de musique, les associations locales.

Comment favoriser la transmission ?
Particularité des musiques du monde, notamment patrimoniales : les conditions de diffusion sont artificielles, surtout en J.P. De nouveau, la médiation est en première ligne pour favoriser la « rencontre ».

Des musiques du monde face aux enfants : inséparable d’une médiation, qui doit être prise en charge soit par les artistes, soit par des médiateurs au sens large. C’est une des manières de résoudre la difficulté des conditions artificielles de diffusion. Médiation = préparation de ce moment.

Dans le contexte : Force des dynamiques partenariales / ne pas sous-estimer le militantisme qui traverse tout le secteur, s’appuyer dessus. Il faut, pour être à la hauteur de ces répertoires comme de l’intelligence de son public, sortir des recettes faciles qui ont longtemps sévi dans ce champ.

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