Pour Jean-François DUTERTRE, Par François Bensignor

4 avril 2017 dans Non classé par Guillaume Bourgeais

Adieu Jean-François

Je voudrais rendre hommage à cet artiste discret et sensible qu’a été Jean-François Dutertre, disparu le 10 mars 2017, emporté par la maladie.

Voix remarquée du mouvement folk dès le début des années 1970, il fut l’un des fondateurs du groupe Mélusine. La dizaine d’albums publiés entre 1975 et 1990 témoigne du beau travail de collectage effectué auprès de détenteurs de traditions chantées des régions de France. Jean-François a aussi collecté en Normandie, sa région d’origine. Dans leur réinterprétation de chansons populaires, dont certaines remontent au Moyen-Âge, Mélusine et Jean-François ont toujours préservé les sonorités acoustiques. En tant que musicien, il appréciait surtout l’épinette des Vosges et de la vielle à roue qui mettaient en valeur la clarté de sa voix. Mais il savait aussi entendre et écouter toutes sortes de musiques.

Au-delà de ses talents de musicien, Jean-François Dutertre fait partie du noyau de ceux qui ont su, dans les années 1980, rassembler les forces du mouvement folk. La Fédération des associations de musiques et danses traditionnelles (FAMDT) a été fondée à leur initiative. Dans son prolongement, en 1992, Jean-François ouvrait le Centre d’information des musiques traditionnelles (CIMT). Rattaché administrativement au Cenam, mais hébergé dans des locaux spécifiques, le CIMT allait fusionner en 1994 avec les Centres d’information du Jazz et du Rock au sein d’une nouvelle structure, le Centre d’Information et de ressources pour les Musiques Actuelles (Irma).

Dans ces années 1990, un fossé important séparait le milieu des musiques dites trad’ de celui musiques du monde. Jean-François Dutertre a eu l’intelligence de faire se rapprocher les deux réseaux. C’est dans ce cadre que j’ai eu l’occasion de travailler avec lui, notamment pour étendre le répertoire du CIMT aux artistes des diasporas. Dans un contexte de fermeture progressive des frontières avec les premières lois restrictives sur l’accès et le séjour des étrangers en France, Jean-François avait choisi son camp : celui de l’altruisme et de l’accueil. Pour lui, la voix de Salif Keïta était un trésor pour l’humanité, quelle que puisse être la nationalité du chanteur.

Au début des années 2000, l’implication de Jean-François Dutertre comme administrateur de la société civile pour l’Administration des Droits des Artistes et Musiciens Interprètes (Adami) s’est accru. Avant de la rejoindre puis d’en devenir le délégué général, il m’a transmis les clés du CIMT en 2002. Durant une douzaine d’années, il a toujours fait preuve de bienveillance sachant se montrer attentif et de bon conseil…

Avec Jean-François Dutertre, c’est tout un pan de l’histoire et de l’organisation des musiques populaires en France qui disparaît. Grâce à une formidable capacité de travail, il aura contribué à donner une véritable place et une visibilité à un domaine trop souvent délaissé, voire méprisé, par les tenants des esthétiques musicales les plus dotées. Sa force de conviction va nous manquer autant que sa gentillesse et son ouverture d’esprit.

François Bensignor, ancien responsable du CIMT de 2002 à 2014

Leave a Reply